Bolivie : Evo Morales nationalise les hydrocarbures (5/3/2006)
L¹armée bolivienne occupait mardi les raffineries, gisements gaziers ou gazoducs du pays, après l¹ordre de nationalisation des hydrocarbures donné par Evo Morales, qui ordonne aux compagnies étrangères de signer de nouveaux contrats d¹exploitation dans les six mois sous peine d¹expulsion.
En nationalisant par décret, Evo Morales choisit la méthode directe, et honore une promesse faite pendant sa campagne électorale. En expliquant que la reprise en mains du secteur des hydrocarbures «n¹est que le début».
«L¹heure est venue, un jour très attendu, un jour historique qui voit la Bolivie reprendre le contrôle absolu de ses ressources naturelles», a déclaré le président sur le site de San Alberto (Etat de Tarija, sud). «Le pillage des compagnies étrangères est terminé».
Peu après, des soldats et des ingénieurs des Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos (YPFB, la société publique), ont été dépêchés sur 56 sites exploités par les compagnies étrangères, selon le vice-président Alvaro Garcia Linera.
A Santa Cruz (est), où est concentrée une grande partie de l¹industrie des hydrocarbures, des soldats occupaient certains bureaux de compagnies étrangères, selon le rédacteur du journal «El Deber», Tuffi Are. Une centaine de soldats, dont certains armés de fusils d¹assaut, montaient la garde devant la raffinerie du groupe brésilien Petrobras.
Evo Morales a prévenu que les sociétés étrangères qui rejetteraient le décret de nationalisation devraient quitter la Bolivie dans un délai de six mois.
Les principales compagnies pétrolières opérant en Bolivie sont les groupes brésilien Petrobras, argentino-espagnol Repsol YPF, français Total et britanniques British Gas et British Petroleum.
Lors d¹un meeting du 1er-mai à La Paz, Morales a ensuite ajouté que «les compagnies pétrolières étrangères qui ont annoncé qu¹elles gèleraient leurs investissements peuvent quitter (le pays)». La nationalisation des hydrocarbures «n¹est que le début, car demain ce seront les mines, les ressources forestières et la terre», a-t-il martelé.
Evo Morales avait auparavant expliqué que l¹Etat reprendrait sous sa coupe les compagnies boliviennes d¹hydrocarbures, privatisées dans les années 1990, en réquisitionnant les parts actuellement détenues par des sociétés étrangères ou des entités semi-publiques. Toutes ces compagnies doivent désormais remettre leur production à l¹YPFB, a-t-il ajouté.
Les déclarations du chef de l¹Etat bolivien interviennent moins d¹un mois après l¹ordre du président vénézuélien Hugo Chavez de saisir les puits pétroliers gérés par Total et la compagnie italienne Eni SpA dans ce pays, après leur refus de transférer les activités à la compagnie nationale Petroleos de Venezuela.
En emboîtant le pas à Chavez, Morales confirme également son appartenance à la nouvelle «alliance anti-impérialiste» latino-américaine, basée sur les pétrodollars vénézuéliens : ce week-end à Cuba, Fidel Castro, Chavez et Morales se sont retrouvés pour signer un traité commercial.
La Bolivie possède les deuxièmes réserves de gaz naturel d¹Amérique latine, derrière le Venezuela. Ses principaux clients sont le Brésil, où la demande explose, suivi de l¹Argentine.
Ces dix dernières années, les sociétés étrangères ont investi environ 3,5 milliards de dollars (2,79 milliards d¹euros), notamment dans la prospection. Mais les nouveaux investissements sont quasiment gelés depuis l¹année dernière, suite aux craintes liées aux projets de nationalisation de Morales.
La question de la nationalisation des ressources naturelles, ultra-sensible, a été à l¹origine de plusieurs révoltes populaires en Bolivie, où l¹argent et l¹étain furent pillés pendant des siècles de colonisation. Les sociétés étrangères du secteur des hydrocarbures y sont aujourd¹hui considérées comme héritières de cette colonisation, la richesse gazière ne bénéficiant pas à la population du pays le plus pauvre d¹Amérique latine.
Réagissant à ce décret, le président de Petrobras, Jose Sergio Gabrielli, a estimé que cette «mesure unilatérale» était un acte «inamical». Les termes du décret «n¹ont jamais été discutés avec Petrobras», qui a investi à hauteur de 1,2 milliard d¹euros en Bolivie depuis 1996, a-t-il déploré.
De son côté, Madrid a fait part de son «inquiétude profonde» et dit espérer que les négociations entre La Paz et les compagnies étrangères seront «authentiques». Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a précisé qu¹il n¹avait pas été informé de la décision de la Bolivie.
