Salvador Allende
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Sortie en salles le 08 Septembre 2004
bande annonce

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Fiche complète

Au lendemain du 11 septembre 2001, l’Amérique meurtrie repart, avec toute son arrogance, en croisade contre les « puissances du mal ». Patricio Guzman se souvient du 11 septembre 1973, il y a maintenant plus 30 ans, où cette même Amérique fomenta un coup d’état pour abattre la révolution pacifique et démocratique qui se construisait dans son lointain pays, le Chili, éliminant son Président de la République, Salvador Allende.
Patricio Guzman ne peut s’empêcher de penser à la brutalité de la dictature alors mise en place pour plus de 25 années, années de souffrance, de mort, d’exil et d’écrasement de la mémoire.
Les coupables le sont si clairement que l’on finirait par faire porter la faute aux victimes, comme si tout cela n’avait été qu’un mauvais cauchemar inventé par Allende.
L’envie de revenir à cet homme, atypique, révolutionnaire et fanatique de démocratie jusqu’au suicide, s’impose à Patricio Guzman pour des raisons historiques certes, mais surtout pour sa terrible actualité.

L'Avis de la Rédaction

Un beau documentaire sur le destin d’un dirigeant exceptionnel.

Présenté en sélection au dernier festival de Cannes, le documentaire de Patricio Guzman, bien plus qu’un hommage, révèle véritablement une page historique d’une grande envergure, celle du Chili sous Salvador Allende. « Un pays sans documentaire, c’est comme une famille sans photo. Une mémoire vide. », dixit ce réalisateur chilien, profondément marqué par la vérité. Militant, il l’était aussi aux côtés de Salvador Allende, comme tous les chiliens marqués par un désir de démocratie dans les années 1970.

« Le passé ne passe pas », la phrase clef du film, donne le ton à cette œuvre poignante, assez conventionnelle, qui dévoile l’injustice d’une volonté louable brisée par la trahison. Témoignages, documents d’archives, photographies, interviews, complètent les extraits de films d’époque de Patricio Guzman. D’emblée, le spectateur est captivé par la figure politique si charismatique, emblématique du rêve commun d’une démocratie. Le long-métrage, d’une facture classique, est construit autour de Salvador Allende, son ascension et sa logique de politique socialiste conduite par l’appel de la démocratie, jusqu’à son suicide, profondément marqué par les trahisons de l’armée (le coup d’état avec le général Pinochet) et les Etats-Unis.

Au-delà de l’émotion qui se dégage de cette page d’histoire cynique mise à nue, le trouble est bien plus pesant. En effet, la mémoire a été écrasée par la dictature d’un certain général Pinochet, suite au coup d’état du 11 septembre 1973. Tous ces témoignages nous font prendre conscience que Salvador Alliende est encore un nom tabou en 2004. Et ce documentaire a le mérite d’aider à recouvrir les souvenirs perdus, car Salvador Allende se battait pour la cause du peuple, qui le lui rendait bien, jusqu’au coup d’état.

SALVADOR ALLENDE est destiné à tous. C’est un passage de l’histoire éclairci. Il vous révoltera car le Chili est un pays qui a véritablement payé cher sa volonté de démocratie, mais il vous rappellera le personnage exceptionnel de Salvador Allende, représentant de l’espoir populaire chilien.

Nadège Fleury

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Revue de Presse

CinéLive

" Documentaire engagé et émouvant, ce film de Patricio Guzman constitue en cela une formidable introduction à cette période, parmi les plus sombres du siècle dernier. "
Cirodde Emmanuel (article entier disponible dans Cinélive n°82, page 58)

L'express

"L’intérêt du film de Patricio Guzman tient au travail documentaire sur l’accession au pouvoir de ce socialiste romantique (…)."
J.W. (article entier disponible dans L'express Mag n°2775, page 61)

Studio Magazine

" Parfaitement documenté, émouvant par ses témoignages. "
T.C. (article entier disponible dans Studio Magazine n°204, page 32)

Les Cahiers du cinéma

" Le reste d'une œuvre que SALVADOR ALLENDE parachève et synthétise en plusieurs séquences rigoureuses et émues. "
Méranger Thierry (article entier disponible dans Les cahiers du cinéma n°593, page 43).

Première

" A la fois pédagogique et subjectif, le documentaire mêle images d'archive et témoignages. "
O.D.B. (article entier disponible dans Première n°331, page 48.)

A Propos De Salvador Allende

Extrait de l'article "Le rêve brisé e Salvador Allende" de Tomas Moulian
Le président chilien n'entre pas dans l'Histoire à cause de sa mort, mais à cause de sa vie, et sa mort renforce le mythe. Grâce à son instinct politique et son réalisme historique, il en vient à représenter l'expression d'une nouvelle manière d'accéder au socialisme, à un moment d'accéder au socialisme, à un moment où les symptômes de crise des socialismes réels commencent déjà à se faire sentir.
Son suicide est un acte de combat. Lors de cette terrible matinée du 11 septembre, le président passe de la douleur à la lucidité.
(Septembre 2003 – Le Monde Diplomatique)

Extrait de l'article de Paulo Paranagua

"Sa sépulture est devenue un lieu de pélerinage", précise Patricio Guzman…
La personne chargée de l'entretien amène à la fondation Salvador Allende, installée dans le vieux Santiago, les nombreuses lettres laissées par les fidèles. Pourtant, la dictature a essayé de broyer toute trace d'Allende. La gigantesque machine de la diffamation a fonctionné d'emblée, de manière brutale. Si la mémoire d'Allende est restée vivante, elle a été confinée dans l'intimité des foyers. La jeunesse respecte l'intégrité symbolisée par sa mort, mais n'en connaît pas les antécédents. Il n'y a toujours pas de biographie d'Allende, avec une recherche auprès des témoins, à l'anglo-saxonne…
(Septembre 2003 – Le Monde)

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Notes Du Réalisateur

Filmer

Je me souviens du tournage de la bataille du Chili. À cette époque, je ne voulais qu’une seule chose : filmer ; filmer cette réalité, sans perdre un instant. Je venais d’étudier le cinéma en Espagne, j’étais bourré d’énergie et émerveillé. J’étais un cinéaste en « train de naître ». Dans les premiers jours, le plus impressionnant fut la vitesse avec laquelle Allende changeait les choses. Nous étions habitués à la lenteur de la vie publique. Les présidents précédents n’avaient guère laissé de traces. C’étaient des types peu sympathiques qui travaillaient dans le secret, loin des gens. Avec Allende c’était tout le contraire, les faits explosaient devant nos yeux, la révolution se laissait toucher et sentir. Participer, manifester ne demandait aucun effort, tout se passait devant nous à la portée de nos mains. Des milliers d’employés, d’ouvriers, de paysans, de fonctionnaires vivaient dans une ambulance de mobilisation quotidienne. Les familles sortaient pour manifester dans les rues pour soutenir telle ou telle action du gouvernement. Ils arrivaient à bord de vieux camions, à pied, en vélo, à cheval, accompagnés par des enfants qui chantaient et criaient. Les rues se remplissaient de citoyens qui riaient tout seuls. J’avais 32 ans. Les membres de l’équipe étaient encore plus jeunes. Nous étions militants, sympathisants de la Gauche, chacun avec nos particularités et nous vivions la plus belle aventure de notre vie. Nous filmions tous les jours, sans jamais nous arrêter, les yeux grands ouverts, sans cesse en mouvement.
Allende était là, ancré dans le paysage humain, mais je n’ai pas compris que sans lui, l’histoire n’existait pas. À présent j’ai besoin de savoir qui était cet homme et commentons peut-être à la fois révolutionnaire et démocrate.

La victoire

Le 4 septembre 1970, après 20 ans de campagne, Salvador Allende gagne l’élection présidentielle. Alors que la violence et la guérilla gagnent toute l’Amérique latine, Allende se lance dans une aventure entièrement inédite : celle de conduire un pays vers le socialisme d’une manière légale, sans détruire le système établi, en s’appuyant sur les dispositions légales déjà existantes. Il est convaincu qu’une vraie démocratie conduit logiquement au socialisme. C’est le temps des grands pas historiques. Allende nationalise les usines et les grandes entreprises, les banques, l’acier, le charbon, le salpêtre et le cuivre. La première année est pour Allende un immense succès. La moitié du peuple se reconnaît en lui. Mais dans le même temps il s’est attiré la haine de la Droite.

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Le Chili en tête

Été 1971, le Chili est en fête.

Dans les quartiers les plus pauvres, dans les campements et les bidonvilles qui ceinturent la ville, le peuple semble vivre un passion d’amour collective. Je n’aurais jamais imaginé qu’un projet politique fut capable de soulever un tel enthousiasme. Le rêve de tous était descendu dans la rue et devenait réalité. La révolution pacifique, qui allait être la seule de l’histoire de l’Amérique latine, se déroulait devant nos yeux.

La grande peur

Que l’autre moitié des Chiliens ne partage pas notre joie ne nous a pas du tout inquiétés. En réalité un tiers de la population est terrifiée. « Allende président, mon Dieu, quelle horreur ! » crient-ils vers le ciel…
Cette peur profonde, insondable, deviendra l’un des socles de la dictature la plus sanglante du continent.

La tempête

Après 12 mois, le gouvernement est en perte de vitesse. La droite a retrouvé de la force et et s’est rassemblée pour reprendre l’offensive. La gauche de son côté se heurte frontalement à la constitution. Pour Allende, il est impossible de changer la loi, et son « légalisme » l’empêche d’avancer plus vite. La droite est passée à l’attaque au parlement.

La grève des camionneurs

En octobre 1972, largement financée par la CIA, une grève patronale de grande envergure paralyse le pays : 70 000 camions, des milliers d’autobus, cessent de rouler, les petits commerces et les professions libérales arrêtent le travail. On ne trouve plus d’essence, la nourriture manque et la plupart des usines ne reçoivent plus de matières premières. C’est la guerre des nerfs. Les ennemis d’Allende sont sur le point de gagner la bataille. Mais aucune visite ne suit la grève, les trains roulent, les ports restent ouverts, les services publics travaillent. Allende nomme le général Prats ministre de l’intérieur et fait entrer dans son gouvernement deux autres militaires. Les mouvements de grève sont suspendus. Allende nomme le général Prats ministre de l’intérieur et fait entrer dans son gouvernement deux autres militaires. Les mouvements de grève sont suspendus. Allende avance, sans céder face aux obstacles. Mais la partie la plus radicale de la gauche lui reproche de chercher l’aide des généraux plutôt que celle des travailleurs.

1973

Malgré les millions de dollars venus des Etats-Unis, malgré l’usine et les tensions, l’unité populaire obtient 43,4 % des voix aux élections de mars 1973.
L’opposition est loin des deux tiers requis pour renverser légalement Allende. Le 21 mai, trois mois avant le coup d’état, le président rend compte de sa politique devant le congrès. Allende demeure convaincu que la seule voie possible est la légalité. Le 28 juin, un régiment de blindés attaque le palais présidentiel. Le coup d’état échoue grâce au général Carlos Prats, qui soutient le président. Mais bientôt Prats est contraint de démissionner. Allende le remplace par le général Augusto Pinochet. La grève du cuivre vient de s’achever ; celle des transporteurs routiers est sur le point de reprendre. Dans les usines, les ouvriers s’impatientent. Le coup d’état avorté aggrave les divisions de la Gauche. Les communistes, avec Allende, cherche à accumuler des forces sans briser la légalité. Les socialistes menacent de quitter le gouvernement s’il n’adopte pas une stratégie armée de prise.

Le 11 septembre

Le jour de coup d’état, nous sommes sortis pour filmer à huit heures du matin. C’était étrange parce que nous commencions toujours à travailler beaucoup plus tard. Mais ce mardi 11 septembre, nous avions l’intention de filmer quelques plans aériens des « cordons industriels » de Santiago. En chemin, nous avons croisé beaucoup de choses bizarres. Les écoles étaient désertes au lieu d’être à cette heure pleines d’élèves. Il y avait quelque chose d’indéfinissable dans l’atmosphère. Nous avons allumé la radio et avons entendu la voix d’Allende. Il y avait des interférences et nous avions du mal à suivre. Nous nous sommes garés dans une rue déserte pour écouter : « C’est le président de la République qui vous parle. De sources confirmées, nous apprenons qu’un secteur de la Marine a encerclé Valparaiso… La situation est critique. Nous faisons face à un coup d’état auquel participe la majorité des Forces Armées. (…) En ce moment les avions nous survolent. Il est possible qu’ils nous tirent dessus. Mais nous restons ici, et que notre exemple fasse que dans ce pays il y ait des hommes qui sachent accomplir leur devoir. C’est certainement la dernière opportunité que j’ai de vous parler. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de Radio Magallanes. Mes paroles sont sans amertume sinon marquées par la déception.
Travailleurs de ma patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez donnée à un homme qui a été seulement l’interprète de grands désirs de justice, qui s’est engagé à respecter la constitution et la loi, ce que j’ai fait. Ils vont sûrement faire taire radio Magallanes et le métal tranquille de ma voix ne vous atteindra plus. Peu importe. Vous continuerez à m’écouter. Je serai toujours près de vous. Vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Vive le Chili, vive le peuple, vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j’ai la certitude que mon sacrifice ne sera pas vain.

Que s’est-il passé ?

Encore aujourd’hui cette question ne cesse de me hanter, comme des millions d’autres personnes qui vécurent l’époque « Allende » comme la dernière utopie de 20ème siècle. Le 11 septembre 1973, Salvador Allende a pris la décision de se suicider dans le palais de gouvernement pour ne pas tomber entre les mains des militaires et pour ne pas trahir un peuple devant lequel il avait juré fidélité. Cet acte libre n’a pas été un geste désespéré, ni romantique. Ce fut un acte réaliste, qui nous rappelle qu’en politique on ne doit jamais baisser la tête face à l’impossible.

Salvador Allande aimait la vie

Le souvenir de cet homme est toujours en moi. C’est l’image incomplète et distante d’un homme tranquille qui a essayé de changer les règles du jeu politique de son pays en faveur des plus humbles, des plus pauvres, et qui est mort en respectant le jeu démocratique. Le 11 septembre 1973 est toujours là… Salvador Allende aimait la vie, et la vie l’a aimé. Avec cette vie en tête, nous continuons d’agir, de penser et d’inventer un avenir. Le passé ne passe pas.

Le personnage d’Allende mis à nu en 2004

Personne dans le monde politique actuel n’est capable de mobiliser comme Allende. Il possédait une incroyable capacité à enseigner, communiquer, faire partager ses convictions. Il tenait parole, faisait exactement ce que proposait son programme, s’engageait jusqu’au bout pour le peuple, ne cédait pas, brisait les obstacles, négociait, il avait le charisme et le talent pour convaincre et pour rassembler, sans jamais s’arrêter. (…) Je le vois comme un parlementaire traditionnel, qui connaît très bien les mécanismes juridiques de l’appareil d’État. De la même façon, je ne vois pas Allende, à cheval, une couverture sur les épaules, parcourant la Cordillère des Andes comme un guérillero.

(…) Lorsque tout un pays se met en marche et que se produit cette formidable accélération de l’histoire, il est difficile de parvenir à contrôler une telle force. Je ne sais même pas si c’est possible. Lorsque le gouvernement a été mis en place, on lisait dans les journaux, « le cuivre, le fer, l’acier, le salpêtre, les grandes entreprises, le textile, les banques, sont nationalisés… » Cela produisait dans la société une euphorie et une explosion d’énergie incontrôlables. Je pense que si Allende avait réalisé ses réformes de manière progressive, les Etats-Unis auraient tout de même frappé.

Le rôle des Etats-Unis

Allende n’avait pas imaginé la réaction que pouvaient avoir les Etats-Unis. Il pensait qu’un pays comme le Chili était intouchable. Personne n’était surpris par le débarquement à Saint - Domingue, en Haïti, à Panama ou à Cuba. Les Chiliens ont toujours fait la distinction entre eux et cette Amérique latine tropicale, désordonnée et chaotique. L’autre faiblesse était bien l’armée. Mais Allende a dit : « Nous allons augmenter la solde des militaires car ils sont mal payés. Nous allons bien équiper les militaires pour les satisfaire. Nous allons leur expliquer que nos réformes sont constitutionnelles. » Allende était en contact avec l’armée et beaucoup de militants de l’Unité populaire discutaient avec les militaires, expliquaient ce qui se passait. Une frange de l’armée était démocrate et soutenait la république. Elle était incarnée par Schneider qui était commandant en chef des armées. Après son assassinat, cette frange disparaît, il n’y avait alors plus de chef pour affronter la droite et dire : « nous n’interviendrons pas ». Si Schneider n’était pas mort, les choses se seraient passées différemment.

Le suicide d’Allende

Je crois que le suicide est la meilleure fin que pouvait souhaiter Allende, car je ne le vois pas à Lima, Madrid ou Paris avec un gouvernement en exil, je ne le vois pas dans ce rôle. Si Allende avait fui, cela aurait été pire. On aurait vécu un abandon, un renoncement. Je crois que lorsque tu t’impliques aussi loin avec un peuple, à un tel degré d’intimité, il n’y a pas d’autre choix que d’offrir ta vie. Le suicide d’Allende a été le contraire d’une fuite.
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