Caracas et Bogota trouvent une issue pacifique à la crise diplomatique
Le Venezuela et la Colombie célébraient samedi l'issue pacifique d'une crise diplomatique de quatre semaines qui a mis aux prises la conception colombienne de la lutte antiterroriste et les impératifs de la souveraineté nationale vénézuélienne.
Plusieurs pays, dont le Brésil, le Pérou, Cuba et l'Espagne, avaient proposé leurs bons offices et une source diplomatique colombienne a indiqué samedi que Fidel Castro, grand allié du président Hugo Chavez, avait joué "un rôle très important".
Le président colombien Alvaro Uribe viendra jeudi au Venezuela pour un sommet qui doit sceller la réconciliation, ont annoncé vendredi soir ses services.
La controverse, qui a dégénéré en la pire crise entre les deux pays depuis 20 ans, était née de l'arrestation le 13 décembre d'un haut responsable de la guérilla colombienne des Forces armées révolutionnaires de Colombiemarxistes), Rodrigo Granda, en plein Caracas et via la subornation de policiers vénézuéliens, selon le Venezuela.
Une version contestée jusqu'à présent par Bogota, malgré de nombreux témoignages sur la présence de Granda à Caracas au moment de sa disparition. Les Colombiens avaient par contre admis avoir rémunéré les responsables de la capture, assurant que cette méthode était de bonne pratique en matière de lutte antiterroriste.
Caracas avait dénoncé, manifestations populaires à l'appui, une violation de sa souveraineté nationale, rappelé son ambassadeur, gelé les relations commerciales bilatérales et crié à la mainmise des Etats-Unis, grand allié de Bogota dans la lutte contre le trafic de drogue et le terrorisme d'extrême-gauche.
Mais Bogota est désormais "très disposée à réexaminer les faits" déclencheurs de la crise, selon le communiqué du gouvernement colombien, qui a été étudié au mot près entre les deux capitales et donne la crise pour "surmontée".
M. Uribe "a ouvert la voie à une reprise des relations très positives qui prévalaient entre les deux pays", a estimé le chef de la diplomatie vénézuélienne, Ali Rodriguez.
Sans aller jusqu'aux excuses formelles exigées par le président Chavez, la Colombie fait amende honorable quant aux méthodes employées, en assurant qu'il existe désormais une "volonté" de mettre en oeuvre "une stratégie binationale contre le terrorisme (...) dans le plus strict respect de la légalité et en particulier de la souveraineté des deux pays".
Le président Chavez garde le silence depuis ses explosives déclarations de dimanche dernier contre Washington, qui a pris fait et cause pour Bogota dans cette crise et a tout récemment qualifié Caracas de "force négative" pour la région.
Le vice-président vénézuélien, José Vicente Rangel, s'est félicité samedi de "la façon positive dont a été résolue l'impasse entre les deux nations" et a affirmé que "ce bon résultat plaçait en très mauvaise position les Etats-Unis et leurs perpétuelles ingérences".
M. Rangel a aussi qualifié de "disque rayé" les déclarations répétées du Département d'Etat accusant le régime vénézuélien de soutenir le terrorisme d'extrême-gauche.