En Bolivie, le président Carlos Mesa soumet sa démission au Parlement
LE MONDE | 07.03.05
www.lemonde.fr/
Le gouvernement, qui ne dispose pas de majorité parlementaire, est en proie à une vague d'agitation sociale.
Le président Carlos Mesa a annoncé, dimanche 6 mars, son intention de soumettre lundi sa démission à la "considération" du Congrès. Le président bolivien a justifié sa décision par l'agitation sociale qui paralyse le pays.
En octobre 2003, l'explosion sociale s'était soldée par des dizaines de morts et avait poussé au départ le président Gonzalo Sanchez de Lozada. Son successeur, Carlos Mesa, avait promis qu'il ne réprimerait jamais le mouvement populaire. Ayant dû "faire face à deux conflits par jour", M. Mesa se vante de n'avoir aucun mort sur la conscience en seize mois de pouvoir.
La démission présidentielle a été qualifiée de "chantage" par le principal leader de l'opposition, le député Evo Morales, dirigeant du Mouvement pour le socialisme (MAS, gauche), "car elle n'est pas irrévocable". Jusqu'aux élections municipales de décembre 2004, le MAS a soutenu le président Carlos Mesa, avec l'espoir qu'Evo Morales pourrait remporter l'élection présidentielle de 2007. Lors du scrutin de 2002, le leader des cocaleros de la région du Chapare avait frôlé la victoire et créé la surprise. Aux municipales, le MAS a progressé et réussi à dépasser son périmètre régional, mais pas assez pour conforter la stratégie présidentielle d'Evo Morales.
Les préférences des électeurs des villes, y compris Cochabamba, fief du MAS, sont allées à des indépendants comme les maires de La Paz et d'El Alto, qui soutiennent M. Mesa. Depuis, le leader du MAS a commencé à évoquer la possibilité d'écourter le mandat du président. Le référendum du 18 juillet 2004 sur les hydrocarbures avait pourtant permis à Carlos Mesa de se prévaloir d'une victoire dans les urnes, à défaut d'avoir une majorité parlementaire.
"GUERRE DE L'EAU"
L'agitation a commencé en janvier, à partir de plusieurs foyers de mécontentement. Santa Cruz, la métropole économique du pays, revendiquait l'autonomie régionale à l'espagnole, sans attendre l'Assemblée constituante prévue en 2005. El Alto, l'immense ville-dortoir perchée en haut de La Paz, déclenchait une "guerre de l'eau" contre Aguas del Illimani, filiale de Suez-Lyonnaise des eaux.
Le gouvernement a accepté de résilier le contrat, mais l'entreprise a demandé un audit préalable. Mercredi 2 mars, la Fédération des voisins d'El Alto a exigé le "départ immédiat" de la multinationale et a relancé la grève, ce qui signifie le blocage des voies d'accès à l'aéroport de La Paz.
Les cocaleros du Chapare ont à leur tour bloqué la route entre Cochabamba et Santa Cruz, pour appuyer les revendications du MAS. En tête de liste figure la nationalisation des hydrocarbures, suivie par la convocation de la Constituante et par le procès de l'ancien président Sanchez de Lozada.
Très divisés, les parlementaires ont récemment approuvé de justesse le maintien de 18 % de royalties sur le pétrole et sur le gaz, auxquels devrait s'ajouter une taxe de 32 %. Evo Morales exige 50 % de royalties, ce qui supposerait la révision de tous les contrats avec les entreprises étrangères.
"Je ne suis pas disposé à faire le jeu de l'irresponsabilité, dans une comédie honteuse qui est en train de mener la Bolivie à la ruine", a déclaré dimanche le président Mesa dans son allocution. Ses partisans se sont immédiatement rassemblés devant le Congrès.
Paulo A. Paranagua
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 08.03.05