Rigoberta Menchu, prix Nobel de la Paix en 1992, a mis en évidence le thème du racisme contre les indiens du Guatemala, à l'occasion du procès pour discrimination ethnique qu'elle intente contre de hautes personnalités politiques.
Le procès a débuté mardi.
"Sale indienne", "Indienne fille de pute", "va vendre des tomates au terminal de bus", Rigoberta Menchu a énoncé lors de sa déposition, quelques insultes proférées contre elle durant une audience de la Cour constitutionnelle sur la légalité de la candidature à la présidentielle de 2003 du dictateur Rios Montt (1982-83).
Rigoberta Menchu accuse Juan Rios, petit-fils du général Efrain Rios Montt et quatre autres personnalités politiques proches de l'ancien dictateur de discrimination ethnique et de l'avoir menacée.
Rigoberta Menchu s'est effondrée en larmes, en dénonçant cette "humiliation" et en déclarant que "La douleur ne disparaîtra pas carc'est toute l'histoire de ce pays que nous sommes incapables de surmonter".
Elle a poursuivi en déclarant "qu'elle avait perdu la foi qu'on puisse être égaux dans ce pays... Ce qui m'a le plus meurtrie, c'est d'être insultée à ce niveau, comme ma mère était insultée pendant mon enfance... Il semble que depuis l'occupation coloniale jusqu'à aujourd'hui, personne, pas une femme, pas un homme appartenant à une communauté indienne n'avait jamais intenté un procès pour racisme ou discrimination", a souligné la militante des droits des indiens guatémaltèques.
Rigoberta Menchu souhaite que ce procès établisse un précédent en Amérique latine pour libérer le continent du racisme et de la discrimination.
C'est premier procès pour discrimination ethnique au Guatemala, un pays où les indiens représentent 60% des 11,2 millions d'habitants et vivent dans la plupart des cas dans une grande pauvreté.
Rigoberta Menchu a rappelé les agressions souffertes par les indiens du Guatemala, citant l'assaut de l'ambassade d'Espagne en 1980, quand elle a vu son père brûlé vif lors de l'opération des forces de l'ordre cherchant à déloger des manifestants indiens réfugiés dans la représentation diplomatique.